Letters
LE TRAITEMENT DES CANCERS CHEZ LES ENFANTS AFRICAINS
Le Groupe Franco-Africain d'Oncologie Pédiatrique a 2 ans.
J. LEMERLE*, F. MSEFER ALAOUI**, P. DOUMBE***
Depuis le mois d'octobre 2000 et après une dizaine d'années de contacts et d'échanges variés, le GFAOP connaît enfin une existence officielle.
Son objectif est de développer des stratégies de diagnostic et de traitement des cancers de l'enfant adaptés à l'Afrique ainsi que de former des médecins, des infirmières et, des techniciens pour et sur ce même continent.
Sa motivation est de contribuer à mettre fin à une situation scandaleuse. En effet, en 2003, sur les dizaines de milliers d'enfants africains qui seront atteints d'un cancer et plus particulièrement d'une leucémie, bien peu guériront. Probablement guère plus de 5 à 10% d'entre eux.
Une injustice d'autant plus criante que 75% des petits malades des pays industrialisés peuvent eux être sauvés…
Afin de trouver des solutions, le GFAOP peut heureusement s'appuyer sur le travail de ses partenaires.
Huit "Unités Pilotes" ont été implantées à Alger et Oran, à Tunis, à Rabat et à Casablanca, à Dakar, à Yaoundé et enfin à Antananarivo à Madagascar.
Ces UP ont, dors et déjà, développé des traitements adaptés aux possibilités locales pour les néphroblastomes et les lymphomes de Burkitt. Trois cent cinq cas ont été rassemblés en 21 mois dont 175 cas de lymphome de Burkitt. Le recrutement des cas augmente de mois en mois, des milliers de questionnaires sont en cours de traitement et un nouveau projet de recherche clinique et biologique est déjà en préparation.
Le lymphome de Burkitt, lymphosarcome aux visages divers, semble être la tumeur la plus fréquente chez l'enfant dans certaines régions d'Afrique subsaharienne. Le GFAOP essaye donc d'en préciser la distribution, les particularités cliniques, mais aussi biologiques et thérapeutiques. Atteintes maxillo-faciales ou non, anticorps EBV, sensibilité variable aux chimiothérapies.
Le GFAOP est également à la recherche de facteurs pronostiques pour mieux adapter les traitements aux différents cas rencontrés. Quels sont les cas qui pourront bénéficier un jour de traitements plus légers, comme ceux basés sur la prise d'un seul médicament le Cyclophosphamide (Endoxan)? Cette hypothèse de travail est d'ailleurs déjà à l'étude de façon très active en Afrique australe et orientale.
En tout état de cause, l'état général des enfants lors de leur prise en charge médicale est encore trop souvent catastrophique, ce qui traduit un énorme problème de retard au diagnostic. En Afrique, il faudrait impérativement arriver à utiliser les moyens de communication modernes pour diffuser les images de ces enfants au ventre déformé et au visage défiguré par des tumeurs toujours rapidement évolutives et faciles à reconnaître.
La formation des infirmières africaines à la précision et aux précautions requises pour l'utilisation prudente des chimiothérapies est un des principaux chantiers du GFAOP. L'organisation de stages intensifs de 6 à 8 semaines dans des unités d'oncologie pédiatrique françaises, et des visites d'étude en Afrique faites par des équipes d'infirmières pour évaluer les besoins locaux, notamment en formation, sont déjà en cours.
Les problèmes d'éthique en rapport avec la recherche clinique sont abordés dans deux domaines principaux. L'un est celui des bonnes pratiques cliniques : l'éthique de la recherche clinique commence par le lavage des mains et la précision des prescriptions écrites et des mesures. L'autre est celui de la communication avec les malades et leurs familles, préalable indispensable à la signature d'un «consentement éclairé».
Le secrétariat et la banque de données du GFAOP sont situés à l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif – France).
* Président du GFAOP
** Vice-Présidente du GFAOP
*** Trésorier du GFAOP